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X-expats a interviewé Lionel Ancelet, un consultant basé en France qui a vécu pendant 4 ans aux Etats-Unis. Il exerce depuis 7 ans dans les ressources humaines, après avoir suivi un cycle de formations au coaching et à l’accompagnement. Il s’est spécialisé dans l’accompagnement des personnes dans leurs transitions professionnelles, notamment quand il s’agit de changement de métier ou de secteur d’activité, de départ vers un pays étranger, ou de retour d’expatriation. Cet accompagnement est individuel, sous la forme de coaching de carrière, ou collectif, sous la forme d’ateliers de formation, comme par exemple la sensibilisation aux différences culturelles. Il accompagne notamment des expatriés pour le compte de Net Expat . Avant d’accompagner les personnes dans leurs transitions professionnelles, il a exercé des fonctions d’ingénierie, de gestion de projet, d’avant-vente, de marketing et de communication rédactionnelle pendant 18 ans en entreprise dans le secteur high-tech (informatique et télécoms).
X-Expats : Avez-vous une expérience en coaching de dirigeants de retour d’expatriation ?
Lionel Ancelet : J’accompagne régulièrement des managers, parfois avant leur départ pour l’étranger quand il s’agit de français, et le plus souvent à leur arrivée en France quand il s’agit d’étrangers nouvellement arrivés. Il peut s’agir également de français de retour d’expatriation.
Dans ce cas, ce sont surtout les conjoints que j’accompagne, pour les aider à valoriser leur expérience à l’étranger, et à prendre ou à reprendre une activité professionnelle.
X-E : Quelles sont les difficultés auxquelles ils sont confrontés ? Comment pouvez-vous les aider?
LA : A leur retour de l’étranger, les expatriés pensent en général qu’il s’agit simplement de « rentrer à la maison ». Or, ce retour est souvent plus difficile à vivre que le départ. En effet, lors d’un séjour de plusieurs années à l’étranger, on prend, sans s’en rendre compte, un certain recul par rapport à sa culture d’origine, et on adopte également des comportements et des valeurs de sa culture d’accueil. De ce fait, lors du retour dans le pays d’origine, on peut se sentir en porte-à-faux vis-à-vis de certains aspects de sa culture. Pour donner un exemple personnel : après avoir travaillé plusieurs années aux USA, j’appréciais le fait que les réunions commencent et terminent aux heures prévues, et que l’ordre du jour soit respecté. A mon retour en France, j’ai été confronté aux habitudes françaises : réunions commençant en retard, sans heure de fin prévue, et digressions sans rapport avec le sujet de la réunion… Dans ce contexte précis, je me sentais résolument plus américain que français ! Sur le plan professionnel, les expatriés ont généralement le sentiment d’avoir gagné en expérience et en maturité, et s’attendent à ce que cette expérience soit reconnue et valorisée à travers des responsabilités accrues, ce qui n’est pas toujours le cas. Enfin, au-delà des aspects culturels et professionnels, certains aspects matériels peuvent rendre le retour difficile à vivre. Par exemple, les familles d’expatriés bénéficient dans certains pays de conditions de vie particulièrement agréables : grandes maisons louées par leur société, domestiques, voiture avec chauffeur, etc. A leur retour dans le pays d’origine, ils retrouvent leur ancien style de vie, et peuvent avoir l’impression d’une régression sociale. Mon accompagnement vise à les aider à prendre du recul face à ce « choc culturel en retour », et à retrouver confiance en eux.
X-E : Quelles sont les mesures à prendre pour assurer une ré-assimilation en douceur au retour ?
LA : Pendant leur période d’expatriation, ils devraient, plus que jamais, développer et entretenir leur réseau de contacts, notamment avec leurs anciens collègues restés dans le pays d’origine. Il devenu facile, grâce aux nombreux outils disponibles grâce à Internet (email, téléphone gratuit, réseaux sociaux…) de maintenir ce contact, alors pourquoi s’en priver ? Il est également important de rester informé de l’évolution de l’économie, de l’environnement professionnel, et du marché dans son pays d’origine. Plus largement, rester connecté à sa culture d’origine, que ce soit à travers les informations, les livres, les films, permet d’amortir le choc en retour, alors que la tentation est parfois grande de rejeter des pans entiers de son ancienne culture, surtout quand le séjour à l’étranger se prolonge plusieurs années.
X-E : Comment décririez-vous la valeur apportée par les salariés de retour d’expatriation auprès des entreprises ?
LA : L’expérience de l’expatriation est particulièrement enrichissante, parce qu’elle a le plus souvent pour effet de faire gagner les expatriés en maturité personnelle et professionnelle : apprendre à dialoguer avec des cultures différentes, à s’adapter et à comprendre des environnements peu familiers, à gagner en empathie et en flexibilité, tout cela en fait de meilleurs managers, sur le plan humain, bien plus que n’importe quel cours théorique.
X-E : Des études ont montré qu’un nombre important d’expatriés deviennent entrepreneur à leur retour. Trouvez-vous cela surprenant ?
LA : Il n’est pas surprenant qu’une proportion non négligeable d’expatriés décident, à leur retour de l’étranger, de créer leur propre entreprise : leur expérience les a considérablement fait “grandir”, aussi bien sur le plan personnel que professionnel, et pour peu que leurs nouvelles compétences ne soient pas pleinement reconnues à leur retour, ils seront tentés de les utiliser pour leur propre compte.
X-E : A votre avis, quel(s) système(s) devraient être mis en place par les entreprises pour accroitre le taux de rétention des salariés de retour d’expatriation ?
LA : Pour augmenter la rétention des expatriés à la suite de leur retour, il convient de leur proposer un accompagnement, ainsi qu’à leur conjoint, afin de faire en sorte que l’expérience soit un succès pour toutes les parties prenantes : le manager expatrié, son conjoint, sa famille – et en fin de compte pour l’entreprise elle-même. Il est également important de tenir compte de leurs nouvelles compétences et de leur proposer des responsabilités en rapport.
X-E : Connaissez-vous des entreprises qui méritent des compliments pour leurs programmes d’aide au retour d’expatriation ?
LA : De plus en plus de sociétés, notamment les grands groupes internationaux, réalisent l’importance d’un accompagnement pour les expatriés et leur famille (notamment le conjoint), que ce soit à l’arrivée dans un pays étranger, ou lors du retour dans le pays d’origine. En effet, il ne suffit pas que l’évolution professionnelle du manager expatrié puis « rapatrié » soit satisfaisante, il faut également que l’expérience soit un succès pour l’ensemble de la famille. Pour ces sociétés, le financement de tels programmes représente un investissement modéré, pour un retour significatif : développement professionnel et rétention des salariés à leur retour d’expatriation.
X-E: Merci Lionel pour ces précieux conseils. Ils seront très utiles à ceux et celles qui préparent ou vivent le retour en France.
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