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Nathalie Leroy, fondatrice de la société de conseil en mobilité et relocation Inexpat, accompagne les entreprises établies en France et leurs salariés expatriés. Elle nous livre un aperçu détaillé des facteurs clés de réussite d'un projet d'expatriation.
Photo (c) Christian Lauté
X-Expats : Que recommandez-vous à votre clientèle d’entreprises pour préparer au mieux leurs salariés à une expatriation ?
Nathalie Leroy : Une expatriation se prépare le plus en amont possible. Une expatriation signifie un changement de culture, une nouvelle langue, un nouveau poste. Il s’agit donc de se préparer à ces nouveautés : cours de langue et coaching interculturel sont à la base de cette préparation. Ils sont essentiels pour une intégration plus rapide, en particulier de la famille. Le changement professionnel est souvent le plus facile à vivre : le salarié
a en général déjà été en contact avec ses nouveaux collègues, il est la plupart du temps attendu, les méthodes et l’environnement de travail sont souvent similaires entre les deux pays s’il s’agit d’une mobilité interne. L’entreprise doit donc veiller à ce que le salarié soit bien accueilli dans son environnement. La principale difficulté de l’expatriation est en fait la famille. Le conjoint met en stand-by sa carrière professionnelle, les enfants doivent quitter leurs copains, le système d’enseignement est différent, le cadre de vie (logement, climat) peut varier considérablement. La famille se trouve confrontée au quotidien à ce nouvel environnement, tandis que le salarié passe l’essentiel de sa journée au sein de l’entreprise, dans un environnement connu et protégé. Je recommande donc aux entreprises de prendre en charge la famille dès son arrivée. Plus que la recherche de logement, l’enjeu est d’accompagner la famille dans son intégration. Bien sûr, la prise en charge des formalités administrative soulage la famille, mais elle n’est pas suffisante. Aider le conjoint à construire son nouveau projet de vie, le faire rencontrer les habitants de son quartier et aussi ceux de sa communauté, l’inciter à apprendre activement la langue du pays : en résumé, rompre l’isolement et favoriser l’acquisition des pratiques locales. Et surtout, il faut ne pas oublier de préparer le retour, pour que le bénéfice de l’expatriation profite aussi bien au salarié qu’à son employeur…
X-E :Si vous deviez énumérer les 5 erreurs les plus répandues et couteuses que font les expatriés lors de leur mutation à l’étranger, quelles seraient-elles ?
NL : Il est important de prendre de temps de valider les conditions contractuelles de son départ. Détachement, contrat local, expatriation : autant de possibilités plus ou moins favorables au salarié en fonction du pays de destination. L’impact peut aussi bien être légal en cas de rupture de contrat pendant la mission à l’étranger, que social en ce qui concerne la maladie ou la retraite. Un salarié qui partage sa vie professionnelle entre différents pays peut voir sa retraite considérablement diminuée s’il n’a pas pris en compte l’incidence des conventions entre les pays. Il en va de même pour les impôts : une optimisation s’impose pour éviter de payer deux fois sur les mêmes revenus (en France et dans le pays de destination). L’absence de prise en compte de la famille, et en particulier de l’évolution professionnelle du conjoint, peut avoir de lourdes conséquences : retour prématuré, difficultés au sein du couple. Enfin, le manque de préparation du retour d’expatriation peut engendrer les mêmes conséquences que l’expatriation elle-même.
X-E : Le retour en France, est-ce que les candidats à l’expatriation y pensent et s’y préparent lorsqu’ils envisagent de vivre ou travailler à l’étranger ?
NL : Dans l’euphorie et l’agitation du départ, il est aisé d’oublier de préparer son retour. Idéalement, il faudrait presque construire son projet de retour au moment où l’on part. En pratique, peu de candidats à l’expatriation y songent. L’entreprise doit également s’y préparer, et accompagner son salarié dans cette démarche. Un contact régulier entre le salarié et l’entreprise pendant l’expatriation permet le maintien du lien et participe à la préparation du retour.
X-E : Quelles sont en général les difficultés que vous rapportent vos clients expatriés après être revenus en France ?
NL : Les expatriés de retour en France sont de nouveau confrontés à un choc culturel, même s’ils se retrouvent dans leur culture d’origine. Ils ont parfois l’impression de n’être chez eux ni en France, ni à l’étranger… A cela peuvent se rajouter un climat et un cadre de vie radicalement différents, parfois déprimants ! Ensuite, les avantages liés à l’expatriation disparaissent : logement de fonction, prime d’expatriation, etc., la vie peut paraître moins aisée et moins confortable de retour en France. Enfin, si le retour est mal préparé par l’entreprise, c’est la vie professionnelle qui devient difficile. En effet, les expatriés sont souvent valorisés dans le cadre de leur expatriation. Ils acquièrent des responsabilités et de l’autonomie. Il faut prévoir un poste à la mesure de leurs nouvelles compétences pour leur retour. S’ils ont été oubliés et que l’employeur n’a pas de poste intéressant à leur proposer, il faut prévoir vraisemblablement que le salarié cherchera un poste à sa mesure à l’extérieur de l’entreprise.
X-E : Quels conseils avez-vous pour les personnes qui de retour en France, se sentent déconnectées culturellement, professionnellement ou socialement ?
NL : Il n’y a pas de recette miracle pour résoudre ce problème. Je conseille de gérer le retour de la même façon que l’arrivée : sortir de son isolement et réacquérir les coutumes locales. La réintégration demande un effort conséquent de participation à la vie locale. Servez-vous de ce que votre expérience d’expatriation vous a apporté : maîtrise d’une langue étrangère, activités pratiquées à l’étranger, etc. Il est possible de se faire accompagner par un coach dans certaines régions, qui pourra prendre en charge également les aspects professionnels.
X-E : Pouvez -vous nous parler du « 1 % logement » et les conditions pour que les expatriés de retour en France puissent en profiter ?
NL : Les entreprises implantées en France de plus de 20 salariés paient une taxe appelée « 1% logement », qui sert à financer de plusieurs façons le logement des salariés. L’une de ces aides au logement s’intitule le Mobili-Pass (R). Cette subvention est attribuée aux salariés des entreprises qui cotisent, et qui déménagent pour rejoindre l’entreprise, sans condition de nationalité. Chaque famille peut en bénéficier au maximum 1 fois tous les 2 ans, et pour une mobilité supérieure à 70 km. La subvention de base s’élève à 1600 €, et peut atteindre 3200 € si l’employeur donne son accord. Le dossier doit être déposé dans les 6 mois qui suivent le démarrage du contrat en France. Le montant est attribué sur présentation de justificatifs de paiement, et couvre les dépenses de double loyer, de frais d’agence pour une location ou de frais de notaire pour un achat, ainsi que les prestations de l’agence de relocation qui accompagne le salarié et sa famille. Les frais de déménagement ou le dépôt de garantie du logement ne sont pas pris en charge. Pour les expatriés de retour en France, la condition principale pour en bénéficier est donc d’avoir un contrat en France avant le retour pour au moins un des membres du foyer.
X-E : Quelles sont, à votre avis, les démarches essentielles à accomplir afin de préparer son retour en France ?
NL : Les démarches sont à engager le plus tôt possible avant le retour. En premier lieu, prendre contact avec son employeur en France et maintenir le lien pour ne pas être oublié et préparer le poste de son retour. Ensuite, définir le projet de vie de la famille et le projet professionnel du conjoint. Cela permettra de cibler la ou les régions potentielles d’habitation et les établissements scolaires adaptés. Le conjoint pourra ainsi préparer sa recherche d’emploi ou alternativement son projet personnel. Enfin, les formalités administratives et matérielles : repartir avec les formulaires ad’ hoc de vos droits (sécurité sociale, retraite) et de vos obligations (taxes et impôts), penser à résilier tous ses contrats à l’étranger, effectuer sa recherche de logement et d’établissements scolaire pour le retour. Pensez à vous faire accompagner dans ces démarches, vous éviterez de nombreux aléas et vous vivrez sereinement votre mobilité ! Pour trouver un professionnel de la mobilité proche de votre entreprise, consulter le SNPRM (Syndicat National des Professionnels de la Mobilité et de la Relocation).
Le SNPRM garantie le respect d’une charte de déontologie par ses adhérents, gage d’une prestation de qualité.
X-E: Merci Nathalie pour ces precieux conseils.
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