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Retourner en France avec un projet de création d’entreprise ? X-Expats s’est intéressé au parcours de Thierry Goddet qui a concrétisé cette ambition et a accepté de répondre à nos questions. Thierry a vécu à 3 reprises à l’étranger (New York, Prague et Singapour). Après un parcours international de 23 ans dans un grand groupe suisse, il a fondé Cavissima à Lyon. Cette société offre aux expatriés mais aussi aux citadins tous les outils pour se constituer une cave de rêve : uniquement les meilleurs vins de garde dans chaque appellation, sélectionnés par un Meilleur Ouvrier Sommelier de France, que l’on achète depuis une boutique en ligne, en fonction de sa date de retour, et qui seront conservés dans un chai sécurisé en Bourgogne. La cave se gère depuis une interface web conviviale et intuitive. À son retour, l’expatrié dispose de ses vins en pleine maturité et peut profiter de son patrimoine pour se faire plaisir et faire plaisir à sa famille.
X-Expats : Pourquoi avez-vous choisi le vin ?
Thierry Goddet : À 20 ans, j’ai pu faire des vendanges à Meursault, chez Jean François Coche-Dury. J’ai eu la chance de déguster de très vieux Meursaults de la cave de son père. Ce furent d’inoubliables moments qui resteront longtemps gravés dans ma mémoire. Les années ont passé et à Paris, je me suis fait cambrioler ma petite cave à vin par deux fois ! Quand je suis parti vivre à Singapour, j’en ai profité pour me constituer un fonds de cave.
De retour, j’avais plus de 200 bouteilles. J’aime les vins de terroir et les vins de garde. Ces vins ont une âme, celle de leur producteur. J’ai rencontré John Euvrard, le Meilleur Ouvrier Sommelier de France 2007 et ancien Premier Sommelier de Paul Bocuse, qui sélectionne les vins pour moi : ensemble, chaque mois nous partons découvrir un vigneron talentueux et passons la journée avec lui. C’est à chaque fois un moment formidable de l’écouter nous parler de sa terre, de l’agriculture biologique, de sa passion du travail bien fait, et de ses projets…. Car en fait le vigneron est un innovateur génial qui, chaque année, doit recomposer ses gammes en fonction d’une récolte toujours différente. J’aime le vin, c’est un produit noble…. et je l’aime vieux, il est encore plus savoureux. Si je peux faire partager ce goût du beau et du bon à mes clients, je serai heureux.
X-E : Comment avez-vous préparé votre retour en France ?
TG : Chaque jour qui passait lors de ma dernière expatriation à Singapour, je « cauchemardais » sur mon retour en France. J’étais heureux en Asie et je travaillais comme un damné : le groupe… c’était sacré : j’étais un de leurs élus ! La direction du groupe a été très maladroite et m’a contraint au retour dans des conditions difficiles et précipitées : en Asie, il faut du temps pour mettre en place des relations, lesquelles sont indispensables au développement d’affaires. Puis mon retour a été pénible sur le plan professionnel : N’étant moi-même pas rentré régulièrement en Europe pendant plusieurs années, par mesure d’économie de la part du groupe, à mon retour, les jeunes cadres ne me connaissaient pas. Un poste me fût offert : ce fût un échec. Je n’arrivais pas à valoriser mon acquis et mon expérience. Le temps de réadaptation fût long. Le management du groupe ne savait pas comment gérer cette situation, car il ne disposait d’aucune expérience concernant le retour d’expatriation.
X-E : A votre avis, quel(s) savoir-faire avez-vous développé grâce à cette expatriation?
TG : J’ai appris à me servir d’un couteau suisse : se débrouiller, diriger, manager, entraîner, et entreprendre avec autonomie. Bien sûr, cela m’a permis de comprendre les différentes cultures asiatiques et indiennes. Quelle chance !
X-E : En tant qu’entrepreneur, quelles compétences se sont révélées les plus précieuses ?
TG : Finalement, les compétences acquises justement pendant l’expatriation ; et principalement l’autonomie, la persévérance, savoir se débrouiller, la confiance en soi. J’ai réalisé un jour, en faisant un travail de développement personnel, que je disposais d’un éventail extraordinaire de compétences, et que seule ma volonté me permettrait de m’envoler et de créer l’entreprise de ma vie. Mais ce qui me sert le plus aujourd’hui c’est de savoir écouter mon instinct, et de pouvoir dire non !
X-E : Quelles ressources vous ont été particulièrement utiles lors du lancement et développement de votre activité ?
TG : D’abord, j’ai la chance d’avoir une épouse qui a créé une entreprise et qui connait les problèmes de solitude, de doute, de peur, etc. Puis j’ai décidé de me faire accompagner par un cabinet spécialisé dans le recyclage des quadras / quinquas. J’ai travaillé avec un coach de développement personnel et un coach business. Tous deux m’ont aidé et guidé dans le montage de ce qui progressivement allait être ma deuxième vie professionnelle. Puis chemin faisant, j’ai découvert qu’en France, on pouvait lever des fonds sans trop de difficultés et se faire soutenir par bon nombre de réseaux. Je suis labellisé Novacité par la CCI de Lyon, lauréat du Réseau Entreprendre Rhône et dispose d’un réseau formidable de supports, d’aides, prêt à intervenir.
X-E : Quels sont les conseils que vous pourriez donner à ceux et celles qui retournent en France après avoir vécu pendant de nombreuses années à l’étranger ?
TG : Faites-vous aider à votre retour pour retrouver rapidement l’envie et le goût de vivre en France pour vous et votre famille. Le choc du retour est beaucoup plus dur que celui de l’expatriation : on croit que c’est simple, car on connaît la langue, mais en fait, a-t-on envie de redécouvrir son pays ? Il existe de nombreux Français qui ont vécu ce traumatisme, du retour de l’expatrié : vous n’êtes pas seul, ne restez pas seul. Sachez que vous arrivez dans un très beau pays, en pleine mutation et apprenez à redécouvrir ce coin de paradis.
X-E : Avez-vous des suggestions pour ceux et celles qui retournent dans leur pays d’origine avec un projet de création d’entreprise ?
TG : La France est devenue une terre promise pour la création d’entreprise. Renseignez-vous, car il existe des quantités innombrables d’organismes de soutien ainsi que des programmes d’aides financières. Cela commence par Pôle Emploi qui met tout en œuvre pour vous aider. Puis les Chambres de Commerce et d’Industrie. La presse économique relaye régulièrement des informations sur tous les dispositifs d’aide à la création. Profitez-en, et bonne chance à vous. Saude para voce !
X-E: Merci Thierry pour ces informations pratiques et perspectives constructives et stimulantes!
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